En Europe en Asie et sur n’importe quel continent, si l’équipe de France joue un match à l’extérieur, vous pourrez le croiser en allant au stade. Clément d’Antibes et son coq Balthazar. Un mythe du football français ! Fidèle à la sélection tricolore, à 70 ans, il participe en Russie à sa 8 ème et dernière Coupe du Monde. Et cette notoriété internationale lui a même valu en 2016 d’entrer au Musée de la FIFA. Rien que ça! Le supporter n°1 des Bleus nous raconte ses anecdotes de Coupe du Monde depuis le mondial 82 en Russie.  A noter que cette interview a été réalisée 2 jours avant le début de la Coupe du Monde.

 

Coupe du Monde 82 en Espagne

Mon ami Banel allait au stade du Ray à Nice, son père et son grand père aussi. Un vrai Nissart. A l’époque en 80 on allait au stade Charles Ehrmann de Nice. Il y avait un gringalet de joueur, Daniel Bravo. Il était présélectionné pour jouer en Espagne et là il se blesse. Privé de mondial il était malheureux. Il était sympa ce Nissart. Avec mon copain Banel on a dit à Daniel Bravo : Puisque tu ne va pas à la Coupe du Monde on ira pour toi et on te représentera.

On est donc parti pour l’Espagne en voiture direction la Coupe du Monde. On est arrivé à Bilbao sans billet. A un moment on entre dans un bar. Il y avait un Espagnol qui vendait des billets au prix d’une baguette de pain. Nous voilà donc avec nos 2 sésames pour le premier match France-Angleterre ! A un moment à Bilbao on arrive devant un hôtel où il y avait les drapeaux français et 500 supporters. On réussit à entrer. On se retrouve dans le hall de l’hôtel…avec toute l’équipe de France ! Henri Michel nous avait payé à boire au bar. On était heureux de voir l’équipe de France. Ca a commencé comme ça !

 

On avait trouvé un appareil photo mais on ne pouvait faire que 4 ou 5 photos. On va au stade San Mamès de Bilbao. Et là, dans les tribunes, on se retrouve à côté de Dalida ! Je prends en photo mon ami avec Dalida et au moment de prendre la photo pour moi il n’y avait plus de pellicule ! (rires). On avait fait des photos avec des supporters anglais. J’ai découvert l’ambiance de la Coupe du Monde et ça a été le départ d’une grande aventure avec un grand A ! On perd et on revient en France.  France – Angleterre c’était mon premier match. Une véritable expédition et tout ça grâce à Daniel Bravo ! J’étais ensuite allé avec un autre copain voir le match France-Irlande du Nord à Madrid mais c’était différent car il y avait moins d’ambiance.

 

Le 8 juillet 82 il y a eu la mythique demie-finale. J’avais réservé 2 places d’avion pour Nice – Séville avec mon copain Balthazar avec qui je jouais à la belotte. J’avais pris un coq blanc. L’agence de voyage m’a rappelé en me disant qu’il y avait un problème avec l’avion et qu’il fallait payer l’équivalent de 700€ au lieu de 350€ pour avoir un autre avion. C’était vraiment trop cher pour moi. Comme toute la France j’ai donc regardé ce 8 juillet 82 à la TV. Et malheureusement mon ami Balthazar est décédé après en décembre 82.

Coupe du Monde 98 en France

Le 28 janvier 98 il y avait l’inauguration du stade de France. J’y suis allé avec un petit coq. Arrive ensuite la Coupe du Monde 98. J’ai le choix de prendre les billets pour les 3 premiers matchs ou alors les ⅛ èmes et ¼ de finale. Tout le monde voulait ces billets. J’ai dit à mon fils Christophe, on est en France, on prend ½ finale et finale. J’avais eu l’intuition (rires).

On est parti de nuit le 7 juillet au soir et on est arrivé le matin à Paris au 8 juillet 98. J’avais avec moi le coq qui était attaché. Mon fils m’a demandé comment on allait appeler le coq… Ce 8 juillet m’a rappelé 82 et mon copain Balthazar. J’ai donc décidé d’appeler le coq Balthazar. Autour du parvis du stade de France on devait au moins être une 50aine à se balader avec des coqs ! Avec mon coq nain je passais inaperçu! Les mecs avaient des coqs qui faisaient presque 1m de haut (rires) ! Ils n’ont pas pu entrer au stade ! J’ai caché le coq dans ma banderole des hospitaliers d’Antibes et je suis entré dans le stade avec Balthazar pour la demie-finale (rires). On est passé 2 fois sur les écrans géants dans le stade pendant cette ½ finale. Personne n’a rien dit. On se qualifie et on se retrouve en finale.

Quand on est arrivé le 8 juillet très tôt à Paris avec mon fils on est allé se balader voir la Tour Eiffel, les Champs Elysées. Sur les Champs Elysées avant la ½ finale il n’y avait pratiquement aucun drapeau tricolore ! Jamais on aurait pensé qu’il y avait la Coupe du Monde à Paris ! A partir du 9 juillet le lendemain de la ½ finale, Paris était bleu blanc rouge. Avec mon petit coq qui était passé la veille sur les écrans géants, les gens commençaient à me demander des photos.

Le jour de la finale j’avais mon maillot de l’ère de Platini. On est allé à Décathlon avec mon fils pour faire des flocages derrière les maillots. Le vendeur m’a dit de revenir dans l’après-midi avec le coq et il nous ferait les flocages gratuitement en échange d’une photo avec nous et le coq (rires) et ses fils. Il avait vu le coq à la TV pendant la ½ finale ! Le vendeur m’a dit que mon nom Clément Tomaszewski était trop long pour entrer sur le flocage. Il fallait trouver autre chose. J’ai eu un petit éclair (rires). Je lui ai dit : Moi c’est Clément, je viens d’Antibes, mettez en flocage CLEMENT D’ANTIBES !

Nos billets pour la finale étaient dans ma sacoche banane. A force de sortir l’appareil photo, dans l’après-midi du 12 juillet 98 nos 2 billets pour la finale sont tombés par terre !  Quand je m’en suis rendu compte je pensais les avoir oubliés à l’appartement. Nous sommes repartis à l’appartement. On a cherché partout. Pas de billets ! On revient au Stade de France. On arrive au portillon de la porte 7 tribune sud du Stade de France. On avait les photocopies des billets et on a expliqué l’histoire aux CRS.  On est entrés au stade escortés par des CRS avec le coq (rires) ! Le CRS me dit “bonne chance Clément d’Antibes!” . Je pense qu’il voulait dire “maintenant que tu es dans le poulailler débrouille toi” (rires) car il fallait encore accéder à nos 2 places !

On était bloc 9 rangée 23 sièges n° 9 et 10. Je connais les numéros par coeur (rires). Au moment de la vérification des billets au bloc, j’ai brandi le coq avec les photocopies et le stadier n’a pas fait attention il nous a laissés passer ! Nous étions à 1h de la finale de la Coupe du Monde. Et là on voit arriver 1 mec trapu avec une moustache et un gamin de 14 ans. Le stadier nous dit vous avez du vous tromper de place ce sont ces 2 supporters qui ont les billets ! Et là je vois le supporter avec mes 2 billets avec mon nom Tomaszewski dessus ! Qu’est ce que je fais ? Je lui arrache les billets des mains! Et là les policiers sont arrivés en civile. Finalement j’ai récupéré mes billets. Je n’ai jamais su ce qu’était devenu le supporter vénézuélien ou uruguayen qui avait récupéré mes billets ! Ni le CRS qui nous a fait entrer au stade!

Avec mon fils on était persuadé dès le début qu’on serait champions du monde ! A l’hôpital où je travaillais je disais qu’il y aurait 2-1 en finale pour la France face au Brésil. On me prenait pour un fou! A la sortie de la finale on était champions du monde mais pour nous c’était logique, c’étaaiit normal !

Ca fait 2 min 30 que l’équipe de France est championne du monde. Tu vois sur écran géant Deschamps Petit et Zidane fous de joie. Et là tu vois apparaître sur écran géant, un mec qui brandit un coq avec un maillot CLÉMENT D’ANTIBES et un jeune à côté CHRISTOPHE D’ANTIBES pendant 11 secondes ! Cette image a fait le tour du monde ! C’est de là qu’est partie l’aventure avec l’image associée de Clément d’Antibes et le coq !

Après la Coupe du Monde je ne pouvais pas aller à tous les matchs car je travaillais à l’hôpital. Thierry Rolland avait toujours un message à la TV dès qu’on me voyait sur les écrans au stade. Il disait regardez Clément d’Antibes et son coq ! Il a contribué aussi à nous faire connaître. Je l’avais rencontré après la Coupe du Monde et lui avait raconté l’histoire de Balthazar.

Un jour il est venu sur la Côte d’Azur pour un tournoi de vétérans. Il était le parrain du tournoi des vétérans de l’AS Fontonne. A l’apéritif il me dit “Clément n’oublie jamais que je suis le tonton de Balthazar”. C’est grâce à lui et Jean Michel Larqué.

Maintenant on me demande tout le temps où est le coq, où que j’aille !

 

Coupe du Monde en Corée du Sud et au Japon en 2002

J’avais rencontré un supporter en Corée du Sud. Plusieurs années plus tard il m’a envoyé un mail avec une photo. Il travaillait aux Etats-Unis et venait de me voir à la télévision américaine !

Avec mon fils on est parti 3 semaines en Corée du Sud. Je devais continuer au Japon seul. A Séoul on dormait par terre chez un sud-coréen qui nous hébergeait. On va acheter un coq dans le vieux Séoul. Il faisait au moins 5 kg ! (rires). Ce coq n’a jamais chanté pendant tout le séjour. Le coq s’est mis à chanter le jour de notre départ !

 

 

Coupe du Monde en Allemagne en 2006

En Allemagne j’ai fait 8424 km en voiture ! J’étais chez un ami à Stuttgart qui nous hébergeait puis chez mon copain Alain de Berlin ! C’était fatiguant ! Lors de la finale le 9 juillet 2006 France-Italie, 3 jours avant mon fils m’a dit : “Avec moi on a été champions du monde le 12 juillet 98, avec maman tu as été champion d’Europe en 2000 face à l’Italie, on va faire la passe de 3, je n’y vais pas et je laisse la place à ma soeur!” Et puis Zizou a perdu la tête.

Contre la Corée du Sud, le 18 juin à Leipzig, on me voit sur les écrans géants avec le coq au stade. La police est arrivée. J’ai été convoqué par la FIFA car la SPA allemande avait porté plainte contre la FIFA! Inimaginable cette histoire !  Ils voulaient me confisquer toutes les places ! J’avais été convoqué à l’hôtel de la FIFA. En sortant je me suis retrouvé dans le couloir avec Pelé, Beckenbauer et Platini et mon appareil photo ne marchait plus ! J’ai acheté un appareil photo numérique par la suite ! (rires)

Lors d’une conférence de presse Raymond Domenech a dit “je me pose la question, pourquoi Balthazar le coq de Clément d’Antibes ne peut pas entrer au stade?” (rires). A l’époque j’entrais aux points presse.

 

La Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud

Le 1er match où jouait la France on était à Cape Town avec l’équipe de tournage de M6.  Je suis allé chercher un coq. On nous a amené dans une ferme. Il n’y avait que des poules! (rires). Le mec voulait me vendre un coq à 50 $ mais ce n’était pas un coq c’était une poule ! L’interprète était en train de parler et des mecs sont arrivés pour nous caillasser le véhicule! On est vite partis.  

Pour le premier match j’ai trouvé un coq. Lors des hymnes je suis passé sur les écrans géants avec le coq. Et là ça ne plaisantait pas ! La sécurité m’a fait sortir du stade. Heureusement grâce à la police française qui est intervenue j’ai pu revenir au stade. Je n’ai pas vu la 1ère mi-temps du match.

Une autre anecdote. On est allé visiter le parc national de Kruger avec mon fils Christophe. On a vu un éléphant près d’une mare. J’ai voulu sortir de la voiture pour prendre une photo. En ouvrant la porte le coq s’est échappé ! Et là on lui court après! Quelle insouciance ! Ce moment m’a marqué il y aurait pu y avoir un drame! Il y avait quand même des lions, des éléphants ! https://www.youtube.com/watch?v=amoZmr1dBtE

 

La Coupe du Monde au Brésil en 2014

 

 

Le Brésil c’était le pays de mon rêve mais impossible d’entrer au stade avec un coq. Au Brésil, si on se levait de sa place pendant le match on se faisait rappeler à l’ordre par les stadiers ! Il fallait rester assis! Au Brésil tout était jaune et vert même le papier wc (rires)! L’ambiance était exceptionnelle! Tout le monde dansait ! Quand ils ont perdu face à l’Allemagne, le lendemain, il n’y avait plus un drapeau plus rien dans la rue, tout était bradé à 1€ ! Ils étaient malheureux.

 

Sa présence au Musée de la FIFA

 

Au début j’ai reçu un coup de téléphone où on me demandait si ça m’intéressait de faire partie du Musée de la FIFA car j’étais sélectionné par 24 personnalités mondiale. J’ai cru que c’était un faux coup de téléphone! J’ai raccroché ! (rires).

Quelques temps après j’ai reçu un mail avec la signature officielle de la FIFA où tout était expliqué. Je suis au Musée de la FIFA aux côtés d’Albert Camus, Bob Dylan, Zlatan Ibrahimovic!

 

L’inauguration s’est déroulée le 28 février 2016, la veille de mon anniversaire le 29 février (une fois tous les 4 ans!). J’ai donc prêté pendant 5 ans au Musée de la FIFA ma coupe signée par les champions du monde et mon premier billet de Coupe du Monde de 82. Nous sommes allés à Berlin avec mon épouse pour prêter la Coupe. J’ai pleuré quand j’ai vu l’espace qui m’était dédié au Musée de la FIFA! C’est fabuleux !

 

C’est quoi pour lui un champion ?

C’est quelqu’un qui travaille, qui souffre, qui a une hygiène de vie irréprochable. Tu n’es pas champion comme ça. Quel que soit le sport. Tu donnes toute ton énergie pour être le plus performant et le meilleur. Le but c’est de participer mais si après tu as le “cerisier sur le gâteau” d’être champion (rires) c’est beau. A travers ça tu as une certaine image à transmettre, tu fais découvrir aux autres ta passion, ce que tu aimes.

 

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