Sur championsdudigital.fr nous ne mettons pas seulement en avant les clubs de sport professionnels ou les sportifs de haut niveau, nous avons aussi la volonté de présenter des portraits de sportives et sportifs qui pratiquent leur sport à haut niveau mais doivent travailler en parallèle pour vivre. Aujourd’hui nous vous présentons le portrait d’Alice Cordonnier, sportive amateur de haut niveau dans les arts martiaux. 

 

Pouvez-vous vous présenter?

Je m’appelle Alice Cordonnier, j’ai 30 ans et habite à Montpellier. J’ai suivi un cursus de formation dans le marketing. Un master 1 marketing et gestion des entreprises réalisé en alternance et  obtenu il y a déjà quelques années ! J’ai travaillé pendant mon alternance et 2 ans après comme assistante marketing/communication polyvalente dans le privé et j’ai bifurqué vers la voie de l’insertion professionnelle en 2012. Mais ma formation initiale m’a rattrapé et je suis depuis avril 2017 Community Manager et associée dans la société Ekyno. Je conserve mon activité salariée pour le moment, qui me plaît toujours.

En parallèle je mène une carrière de sportive amateur haut niveau.Mes journées sont donc bien chargées entre le travail, Ekyno et ma préparation physique.

 

 

Quel sport exercez-vous et à quel niveau ? 

Je viens du Kung Fu Wushu et plus particulièrement du Sanda (la partie combat du kung fu avec coups de pied/poing/projections sans travail au sol) et je fais aussi du kick boxing et du K1 (pied/poing/genoux)

 

 

Pouvez-vous nous parler de votre carrière de sportive de haut niveau?

Elle a commencé en 2012. J’avais commencé le Kung Fu en 2008 et depuis le début, mon prof me disait « faut que tu fasses de la compétition ». J’ai eu des petits pépins physiques au genou pendant plusieurs mois et puis fin 2011, j’étais soignée et là j’ai décidé de me lancer. Avec le recul, je devais passer un cap. J’ai commencé une préparation physique intensive (auparavant je n’en avais jamais suivi, les débuts ont été compliqués je me rappelle mais j’ai rien lâché). Et puis en Mars 2012, je suis championne de France pour ma 1ère participation.

Mon prof me disait « faut que tu fasses de la compétition »

Je suis sélectionnée derrière pour mes 1ers championnats d’Europe fin mars et je ramène une médaille de bronze. Et voilà ma carrière a commencé comme ça, j’ai pu avoir le statut de haut niveau et ai eu 2 autres titres de championnes de France, participé à un championnat du monde et fait Championne d’Europe en 2014. Mon plus beau succès et mon plus beau souvenir sportif encore aujourd’hui.

Puis il y a eu des soucis fédéraux et je me suis cherchée pendant 1 an, je suis passée par le jujitsu, ai fait des sélections pour l’équipe de France de MMA amateur. Mais c’était pas pour moi. En 2016, je me lance dans la préparation des championnats de France de kick et K1 mais me blesse à la main. Année blanche avec 1 seul combat en kick perdu en plus ! Et 2017, je remets ça et cette fois je fais vice-championne de France et participe à mon premier collectif France dans cette nouvelle discipline en juillet 2017 qui m’ouvre les portes des championnats du monde.

 

Pouvez-vous nous parler de vos objectifs aux championnats du monde qui auront lieu en novembre 2017?

Malheureusement cela ne s’est pas passé comme prévu et après un stage en aout 2017 ou les coachs ont estimé que j’étais en dessous, je n’ai plus fait partie de la liste des sélectionnés, qui pourtant était validée par le DTN en juillet. Je ne vais pas épiloguer là-dessus pour le coup. Mais comme tout sportif, rebondir après une défaite est dans « nos gênes ».  Après avoir digéré la nouvelle, avoir pris 15 jours complets de repos, m’étant préparée quand même tout l’été y compris pendant mes vacances, je me suis fixée de nouveaux objectifs. Et cela commencera par des sélectifs régionaux en K1 en décembre puis un combat pro en Sanda en janvier et ensuite les championnats de France en Yosekan Budo, K1 et pourquoi pas Sanda. Et si je peux trouver un combat « pro » en gala en K1 ou kick, je suis preneuse. Donc j’ai repris les entraînements à fond !

 

 

Etes vous obligée de travailler en parallèle de votre activité sportive ? 

Malheureusement oui. Ma pratique sportive ne me permet pas de vivre. Je fais donc tout cela par passion et envie de toujours aller dans le dépassement de soi. Je suis en parallèle conseillère à l’emploi à Pôle Emploi. Ce travail me plait énormément. Et me permet en plus de m’entrâiner sereinement. L’entreprise m’ayant octroyé un aménagement de mon temps de travail. J’ai ainsi mon lundi matin de libre pour m’entrainer, sans perte de salaire. De même quand je pars sur des compétitions, je ne suis pas obligée de prendre des congés ou du sans solde. Et c’est vraiment un énorme avantage que j’ai et je remercie mon employeur pour cela.

 

 

Vous avez une page Facebook et un blog. Quelles sont les motivations pour vous de tenir à jour ces 2 supports de communication ? 

 

Mon blog n’est pas régulièrement tenu car je manque de temps pour écrire des articles. Je m’y remets par période. L’objectif premier était de faire connaître ma discipline et mettre en avant mon parcours pour prouver que tout est possible quand on le veut et qu’on fait tout pour ! Après je n’ai pas suffisamment d’actu pour faire souvent des articles.

Ma page Facebook, elle par contre est toujours actualisée. J’ai aussi un compte instagram qui est relié à mon facebook. J’apprécie l’utilisation de ce réseau car il a une approche un peu différente.

 

Pouvez-vous nous parler de votre implication dans la startup Ekyno ? 

Ekyno a été créé en 2016 et je suis depuis avril 2017 associée dans la société avec 4 autres personnes. Je suivais déjà la société, car les associés de départ sont des personnes que je côtoie depuis 10 ans. Et puis j’utilisais  le logiciel dans ma préparation en tant que sportive. Je l’utilise toujours d’ailleurs ! Quand Yohann Kopp le président m’a proposé d’intégrer la société, je n’ai pas hésité longtemps. J’ai toujours voulu travailler dans le secteur du sport en général. Alors là, au poste de community manager c’était tout ce qui pouvait m’intéresser.

Mon rôle est donc de développer la communauté Ekyno. Nous sommes présents sur Facebook (une bonne majorité de nos clients utilisateurs étant les coaches, c’est leur 1er outil de communication), Twitter, Linkedin et Instagram dans une moindre mesure. Je gère également toute la partie blog. J’écris les articles. Je gère également, en binôme pour l’aspect plus technique, les newsletters. Je suis présente sur certaines réunions comme récemment lors d’une formation auprès des enseignants de STAPS Montpellier pour promouvoir l’événement sur les réseaux. Et puis Ekyno est une startup, même il n’y a qu’un président, le management est très participatif. Je propose, donne mon avis …

 

Selon vous quel est le rôle à jouer du digital dans le sport?

Dur de ne donner qu’un rôle au digital quand même !

Je pense que le digital permet de rendre le sport encore plus accessible au grand public qu’il ne l’ait déjà. Par un accès plus facile avec tous les réseaux à l’information sur une discipline, une compétition, des résultats, même pour des sports quasiment pas médiatisés.

Ensuite le digital rend plus facile l’accès à la pratique sportive pour tous. Avec les montres connectées type fit bit, Apple Watch qui permettent d’avoir un suivi de sa pratique, ses calories, son nombre de pas, son rythme cardiaque. Les gens apprennent à mieux se connaître dans une pratique physique et je pense que cela permet d’éveiller certaines consciences quant à l’importance du sport pour la santé. C’est un sujet certes à la mode, mais qui pour moi est loin d’avoir été totalement exploré.

Pour le sport  professionnel, le digital est juste un indispensable.

Enfin, pour le sport haut niveau, professionnel, le digital est juste un indispensable. Il faut des outils toujours plus à la pointe pour faciliter la gestion des entrainements, le travail des entraineurs, la communication au sein d’un club, d’une cellule « performance » qui inclut kiné, médecin, entraineur, manager, agent et sportif. Et puis au niveau de la visibilité des sportifs, l’image est très importante. Il faut savoir manipuler le digital pour bien communiquer ! Les réseaux sociaux sont toujours à double tranchant si on ne sait pas s’en servir …

 

Pensez-vous que si les sportives de haut niveau communiquaient davantage sur les réseaux sociaux, cela leur amènerait davantage d’opportunité de partenariats, de médiatisation…?

Le sport féminin reste encore un grand chantier. A tous les niveaux et je commencerais pas les salaires qui sont terriblement liés à la médiatisation du sport. Si les sportives communiquaient plus sur les réseaux (et comme je le disais juste avant, il faut savoir le faire), elles auraient certainement plus d’opportunités oui. Mais une communication plus renforcée sur les réseaux n’est pas pour moi LA solution à une meilleure médiatisation. Cela va bien au delà, c’est une question de politique sportive, de choix fédéraux, de choix politiques et puis une question de prise de conscience par le grand public que le sport féminin a aussi son intérêt. Alors oui les filles sont moins puissantes, elles font peut être moins de super gestes techniques comme peuvent le faire certains footballeurs, moins de records aussi, ça va moins vite. Mais les sportives ont un mental d’acier. Mais cela ne se voit pas à la télé, c’est hyper subjectif et donc beaucoup moins « médiatisable ».

 

Avec le sport féminin on est moins dans le sport spectacle. Cela attire moins les foules et les médias. Pourtant je trouve qu’on y retrouve les valeurs intrinsèques du sport, qu’on a tendance à moins voir chez les garçons car elles s’effacent derrière le sensationnel. Donc, oui il faut davantage de communication des sportives sur les réseaux sociaux, mais si on prend l’exemple du biathlon et qu’on voit le nombre de followers de Martin Fourcade et à coté celui de Marie Dorin Habert (même quand elle avait fait sa super saison à l’hiver 2016), y a pas photo. Et pourtant tous les 2 communiquent énormément. Le problème est donc ailleurs.

Que pensez-vous de la médiatisation de votre sport ?

Le Sanda est  un sport peu médiatisé. Lorsque j’étais en équipe de France de 2012 à 2014, la médiatisation avançait doucement mais surement.  Mais c’était une vraie volonté fédérale. Le sport commençait a se faire connaître du grand public par des reportages sur l’équipe 21, Kombat Sport (SFR sport 5), France 2 également avec l’émission télé matin notamment ! Mais depuis que la fédération a changé il ne se passe plus rien.

Concernant le Kick Boxing, le K1, c’est différent. Il y a de nombreuses organisations privées qui médiatisent leurs évènements sur des chaînes comme l’équipe 21, Canal +, SFR sport 5. D’ailleurs quand on parle de ces sports à des personnes, c’est souvent la remarque qu’on a « les galas qu’on voit à la TV »

C’est l’aspect professionnel de ce sport qui est sous les projecteurs, pas vraiment le côté amateur, l’équipe de France. Et puis même dans le milieu professionnel, seul un petit nombre de sportifs sortent du lot. Et souvent il faut quand même être dans le milieu pour s’y retrouver entre toutes les organisations privées existantes.

 

Avez-vous des modèles de sportives/sportifs qui vous inspirent par la façon dont ils communiquent ? 

Martin Fourcade est le 1er qui me vient en tête, je trouve sa communication super. Elle est simple, proche, il met de l’humour dans son contenu. J’aime beaucoup ce sportif vraiment. C’est vraiment une personne que j’aimerais rencontrer.

Je citerais aussi Alexis Pinturault. Je suis une fan de ski, alors il me fait rêver avec ses vidéos de descente en plein mois de juillet ! Et puis comme Martin Fourcade, il est simple dans sa communication. Il ne donne pas du tout l’impression de se prendre la tête.

Et enfin je dirais Marie Dorin-Habert, sa communication va bien au-delà de ses entrainements, compétitions. Elle parle de ses ressentis de course, de sa fille, de ses vacances. Elle écrit sur ses états d’esprits, parfois états d’âme avec un humour au top.

 

Pour terminer selon vous quelles sont les 3 tendances à suivre en 2017 dans le marketing digital du sport ? 

L’e-sport. De plus en plus d’articles sont écrits sur ce sujet. Il en a même été question pour les JO 2024 à un moment. Puis des lois en 2016 qui encadrent mieux ce sport et reconnaissent les gamers comme des sportifs professionnels. Et puis cela représente une manne financière très intéressante à moyen terme vu le nombre de personnes pouvant être intéressées par ce sport et qui jouent en amateur notamment. Les jeux vidéo sur mobile connaissent également un sacré essor. Cela aura une influence c’est sûr.

La réalité virtuelle. Pour le spectateur d’abord avec les fan zones dans les stades. Mais aussi à la maison avec les lunettes de réalité virtuelle. Elles avaient d’ailleurs la part belle lors du dernier CES à Las Vegas. Pour moi une nouvelle façon de regarder du sport à la télévision quand le marché sera abordable par le grand public. Mais aussi dans la préparation sportive. Cela se fait déjà en formule 1, en ski, en vélo, alors pourquoi pas dans d’autres sports.

Un dernier qui n’est pas totalement lié au marketing digital du sport : les objets connectés. Cela a commencé par les montres, mais maintenant on en voit de plus en plus et partout. Des skis connectés, des gants de boxe connectés, des T Shirt connectés pour suivre au plus près les performances techniques du sportif et les analyser.

D’ailleurs sur le blog Ekyno, nous faisons découvrir ces objets connectés qui peuvent aider / accompagner le sportif dans sa pratique. Cela fait aussi partie de la pratique sportive. Il faut connaître ces outils technologiques que l’on soit entraineur/coach mais aussi sportif. Pour moi ce ne sont que des plus si on garde derrière une analyse « humaine » bien évidemment et donc un certain recul.

 

Un grand merci à Alice d’avoir pris du temps pour répondre à ces questions. Un grand bravo pour cette carrière et on espère qu’un jour les sports de combats seront médiatisés à leur juste valeur.