Responsable du Master management du sport de Caen, blogueur spécialiste du marketing du sport et grand supporter du SM Caen, Boris Helleu est l’expert digisport à suivre quand on s’intéresse aux questions de digital, fan experience et marketing sportif. Il a accepté de répondre à mes questions. Voici la première partie de cet entretien très riche sur les questions de la fan experience dans les stades et la place des supporters dans l’image d’un club.

 

Bonjour Boris, pour commencer pouvez-vous nous présenter votre parcours?

 

Je suis Maître de conférences à l’Université de Caen. Je dirige le Master Management du sport. Mes recherches portent sur l’utilisation des médias sociaux par les acteurs du sport. A côté de cela j’anime un blog consacré à l’économie et au marketing du sport. J’ai également une activité de veille stratégique sur ces questions-là. Je partage le fruit de cette veille sur mon compte Twitter.

Mes recherches portent sur l’utilisation des médias sociaux par les acteurs du sport.

 

Depuis combien de temps animez-vous votre blog dédié au marketing du sport?

 

J’ai débuté sur Twitter avant de lancer mon blog. A l’époque c’était plutôt dans le sens inverse : les blogueurs s’inscrivaient sur Twitter pour faire la promotion de leur blog. Pour ma part j’ai inauguré mon blog en 2012, deux ans après le compte Twitter qui servait à partager quotidiennement ma veille sur l’économie et le marketing du sport. Lorsque les 140 caractères sont devenus une limite pour approfondir certains sujets, j’ai lancé mon blog en l’imaginant comme un outil de vulgarisation scientifique à destination des étudiants.

 

Dans une interview de 2014 vous parliez de “digitalisation du spectacle sportif”. Pour vous de quelle manière le digital et les réseaux sociaux impactent la manière dont on regarde un match ou une compétition sportive ?

 

Le spectacle sportif s’est toujours accaparé les innovations successives en matière de technologies de l’information.

  • Il y a eu l’émergence de la radio, on a commenté des matchs en direct.
  • Il y a eu la télévision, les matches de football et d’autres rencontres ont été diffusées en direct.

 

Lorsqu’on a vu apparaître les Internets et les médias sociaux, très rapidement on a eu des nouvelles modalités de consommation du spectacle sportif qui passaient par le recours à ces outils. Ce que j’entends par “digitalisation du spectacle sportif” ce n’est pas seulement suivre une rencontre ou du sport sur les médias sociaux, c’est aussi le fait de générer un contenu associé à un match.

La “digitalisation du spectacle sportif” ce n’est pas seulement suivre une rencontre ou du sport sur les médias sociaux

Le terme de “digitalisation” traduit aussi le fait que le match devient support ou parfois même prétexte à une conversation qui s’engage sur les médias sociaux. Auparavant ce qui mobilisait l’intérêt du spectateur ou du téléspectateur c’était ce qui se passait sur le terrain. Là on s’aperçoit que le supporter ou le fan 2.0 va regarder le match et en même temps, dans une logique de multitasking, de dispersion de ses activités, il va aussi alimenter en photos, en tweets, commenter en direct un match. C’est cela qui est intéressant. On regarde une rencontre sur plusieurs écrans. Ce n’est pas la cas que du sport.

 

Le running est devenue une vraie tendance du secteur du sport ces dernières années. Pensez-vous que l’apparition des objets connectés dans le sport, en ayant rendu plus ludique la pratique, est une des raisons de l’augmentation du nombre de runners ?

 

Les nouvelles technologies, dont les objets connectés, ont radicalement modifié la façon dont on fait du running. Au préalable, ce bouleversement, n’est pas un changement radical qui a eu lieu du jour au lendemain. La façon dont on court a fait l’objet d’évolutions constantes. Les courses classiques, compétitives et chronométrées, le 10km, le semi, le marathon, commençaient déjà à recueillir énormément de personnes. En même temps on a vu apparaître des courses ludiques, bien avant l’émergence des colors run ou courses funs. Il y avait déjà ce premier phénomène sur le côté ludique des courses.

Ce qui change c’est le fait de courir au sein d’une communauté numérique. On peut comparer, partager, animer ses courses sur les médias sociaux.

En revanche sur le côté nouvelles technologies, nouveaux médias, ce qui change c’est le fait de courir au sein d’une communauté numérique. On peut comparer, partager, animer ses courses sur les médias sociaux. Une fois la course finie elle n’est pas réellement terminée parce qu’on va partager des photos sur son compte Instagram, partager sa performance sur une plateforme dédiée…

Une illustration du fait que ça marche est qu’on voit bien que toutes les marques sportives s’associent à ce phénomène de courses connectées. Je pense par exemple à Nike qui s’était associé avec Apple sur les premières technologies qui permettaient de mesurer la performance du runner. Plus récemment dans une logique plus communautaire on a la Boost Battle Run d’Adidas. Les runners sont constitués en équipes et accumulent leurs performances et km et cela se termine par un événement.

 

Dans une interview donnée à La Face Cachée du sport, vous dites que “Le stade est l’endroit où le fan a le plus besoin d’être connecté car un match génère de l’émotion”. En France dans la majorité des stades on a encore des problèmes pour se connecter, le WIFI est souvent réservé à la presse. Si les fans ont besoin de partager des contenus sur les réseaux sociaux mais qu’ils ne peuvent pas au stade, comment faire venir les supporters au stade?

 

Il y a 2 façons d’expliquer cela.

D’une part lorsqu’on parle du stade connecté on a d’abord eu une grille de lecture qui était celle du stade connecté nord-américain. Aux Etats-Unis les stades pour le football américain et le baseball sont connectés (je ne parle pas des arénas, les salles pour le basket et le hockey). Les gens peuvent tweeter, générer des micro-vidéos etc. Sauf que dans le cas du baseball et du football américain, on avait des spectateurs qui étaient dans l’enceinte pendant au moins 2h30 ou 3h30. On avait des durées très très longues dans l’enceinte avec des consommations du spectacle qui débutent largement avant. Par exemple, sur le football américain, il y a la tradition du “tailgating”, le fait de se retrouver avant sur le parking pour faire un barbecue etc. On est sur un temps long, les gens ont besoin de se connecter car ils ne peuvent pas rester si longtemps déconnectés.

On a essayé de se comparer à un modèle nord américain qui n’était pas nécessairement pertinent du point de vue du besoin de connectivité des fans.

Dans les stades français, le football c’est 90 minutes. Les supporters vont rester 1h30 ou un peu plus dans le stade sachant que les spectateurs entrent tardivement dans l’enceinte. C’est le premier élément de comparaison qui fait qu’en fin de compte, on a essayé de se comparer à un modèle nord américain qui n’était pas nécessairement pertinent du point de vue du besoin de connectivité des fans. Cela dit, je suis d’accord avec le fait que des supporters, fans 2.0, génèrent du contenu en direct de leur stade, ont besoin de ressources de plus en plus importantes puisqu’il ne s’agit plus simplement de faire un tweet mais de diffuser des photos voir des vidéos. Mais là ils s’arrêtent à un problème de financement.

Les calculs réalisés actuellement par les clubs consistent à dire que ces fans sont pour le moment une minorité et finalement le coût d’installation du WIFI dans les tribunes serait supérieur au bénéfice retiré par ce faible nombre de supporters. D’un point de vue technique et technologique on sait faire. Les opérateurs savent très bien connecter un stade. Orange qui est très présent dans les évènements sportifs  avec Le Tour de France et dans le foot sait très bien faire sauf que le stade est utilisé tous les 15 jours. Est ce que ça vaut le coup de déployer du WIFI et des antennes 4G ?

 

❗️❗️❗️ L’interview de Boris Helleu étant très complète et pour laisser subsister le suspens nous avons décidé de vous dévoiler cet article en deux parties 😉 Vous pouvez vous abonner à la newsletter ci-dessous pour être mis au courant de la publication de la partie 2 de cette interview qui se focalisera notamment sur le lien entre fan experience et clubs de football professionnels. ❗️❗️❗️