Nous avons discuté avec Dounia Mesli, ancienne footballeuse et fondatrice du média dédié au football féminin Coeurs de Foot. Elle nous parle de l’évolution du football féminin et des actions digitales qu’elle a mis en place pour faire grandir une communauté de passionnés de football féminin. 

 

Bonjour Dounia, peux-tu présenter ton parcours?


Je m’appelle Dounia Mesli, je suis journaliste et co-fondatrice de Coeurs De Foot, un média spécialisé sur le football féminin. Nous avons un site web. Nous sommes deux actuellement. On a lancé le site le 5 janvier 2015 et aujourd’hui nous avons une grande communauté de passionnés et fervents supporters du football féminin. J’ai moi-même joué au football. J’ai commencé à jouer à l’âge de 5 ans. J’ai joué en club à l’université quand j’avais 18 ans. J’ai par ailleurs suivi une formation à HEC dédiée aux entrepreneurs. En lançant Coeurs de Foot j’avais besoin d’une formation rapide et qui puisse se combiner avec mon emploi du temps du site web. C’était la formation la plus pratique pour moi et cela a bien fonctionné. J’ai eu les 2 certificats d’HEC pour le stand up et pour l’académie entrepreneurs. Cela m’a donné confiance en moi d’être avec d’autres femmes qui avaient également des projets. Cela les a surpris que j’ai un projet qui tienne la route. 

 

A quel moment as-tu décidé de te lancer dans l’entrepreneuriat ?

C’est un peu malgré moi. C’est mon sponsor, mon mentor, qui m’a enrôlée dans ce milieu. Je l’ai rencontré sur une conférence où il a sponsorisé 2 participantes au Rallye des Gazelles. Je suis allée à sa rencontre. A partir de là, il m’a fait rencontrer ces filles, cela m’a intrigué. On a fait 2 pubs ensemble pour sa société. Pendant toute l’année 2014 il me disait “Il faut que tu lances un site”. En fait j’avais rédigé un article sur le match Hénin-PSG quand j’étais à Hénin Beaumont. Cet article avait cartonné. J’étais sur un site 100% masculin et j’ai osé faire du foot féminin. A partir de ce moment, tout le monde à commencé à s’intéresser au football féminin. A ce moment-là il m’a dit “Tu as un truc. Il faut que tu lances ton propre site web” alors que pendant un an je disais non car ce n’était pas mon domaine.

« J’étais sur un site 100% masculin et j’ai osé faire du foot féminin »

J’étais plus dans le marketing. Au final je l’ai lancé en septembre car je voyais qu’il n’y a avait pas beaucoup d’autres sites. J’étais à l’époque en formation en sport business à AMOS. Il y a même certains d’AMOS qui veulent qu’on travaille ensemble, donc ça me fait plaisir. J’ai gardé de supers liens avec certains. C’était une ambiance assez bon enfant.

 

Au début tu t’es lancée en statut auto-entrepreneur?  

Oui, j’étais auto-entrepreneur en janvier 2015 quand on a lancé le site. J’étais co-fondatrice j’avais 49%. J’ai gardé ce statut jusqu’à février 2016. Je suis salariée de Coeurs de Foot depuis février 2016. Je gère tous les aspects de Coeurs de Foot.

 

Quelles ont été les premières problématiques auxquelles tu as fait face en lançant ton projet?

La crédibilité par rapport aux autres. Se faire sa place dans le monde du football féminin par rapport à nos confrères. Il y en a qui nous ont suivi et ça nous a boosté dans notre idée de continuer ce projet. On a eu aussi le soutien de certaines joueuses qui a eu un réel impact dans notre motivation. J’avais déjà lancé une page sur le football féminin Women Soccer Lovers donc j’étais déjà un peu rodée sur le domaine. Cette page c’était pour combler le manque de ne pas faire du football. Donc j’étais assez légitime d’être sur Coeurs de Foot. C’est le recrutement qui a fait défaut sur la première année.

 

Tu as créé Women Soccer Lovers, Coeurs de Foot et désormais la marque Mademoiselle Football. Peux-tu nous parler de ces 3 projets?

Women Soccer Lovers je l’ai fondé en 2013 pour parler d’une joueuse : Tobin Heath. C’est une joueuse américaine que j’avais pris comme modèle parce qu’à un tournoi de football j’avais raté un pénalty et je m’en voulais tellement que j’ai cherché sur YouTube toutes les joueuses qui avaient raté un pénalty juste pour relativiser. J’ai vu que cette joueuse avait raté son pénalty en 2011 en Coupe du Monde. J’ai relativisé tout de suite! J’ai ensuite basculé de Tobin Heath à Women Soccer Lovers car je me suis rendue compte que cette joueuse ne voulait pas trop qu’on ait d’attention sur elle.

 

« A un tournoi de football j’avais raté un penalty et je m’en voulais tellement que j’ai cherché sur YouTube toutes les joueuses qui avaient raté un penalty juste pour relativiser »

C’est pour cela que j’ai ouvert la page à toutes les joueuses du monde entier pour leur donner un peu de visibilité et pour à mon tour participer au développement du football féminin. Je voulais avoir une grande carrière de footballeuse et je n’ai pas pu. J’ai eu des problèmes de santé, une fracture de la clavicule et le coeur à droite. Je voulais jouer en équipe nationale d’Algérie. C’était mon objectif depuis que j’étais toute petite. Je n’en ai pas eu l’occasion mais je ne suis pas frustrée pour autant. Je voulais juste rendre fière ma famille, parce que j’avais mon grand frère, Adel, qui faisait énormément de sport et qui avait gagné une vingtaine voir plus de médailles en aviron. Je voulais faire comme lui.

 

Finalement tu as trouvé un moyen détourné de revenir sur la scène internationale du football féminin…

C’est ça, j’essaie d’être utile à mon sport, faire passer le message que le football féminin est quelque chose de bien et arrêter de dire que le football est un sport de garçons. C’est pour cela que je fais tout ça avec Coeurs de Foot et Women Soccer Lovers. Je veux montrer que les joueuses méritent, par tous leurs sacrifices, d’être reconnues dans le football.

« Arrêter de dire que le football est un sport de garçons »

 

Tu as une communauté énorme de fans sur Facebook avec plus de 100 000 fans si on additionne les différentes pages ! Quel est le secret?

Il faut savoir créer un lien avec ses fans. Il faut être à leur écoute. Je pense que c’est le bouche à oreille. On détend les gens au delà de les informer sur le football féminin et sur les grands tournois. On a aussi un site attractif. Je l’ai créé de A à Z quand j’étais à AMOS. On essaie de fidéliser les fans, de les faire participer et de leur dire qu’ils sont parties prenantes de Coeurs de Foot, du projet. Nous ne sommes pas seuls. Sur Facebook nous sommes assez présents, c’est grâce aux clubs, aux joueuses, aux lecteurs, à certaines pages… Ca nous fait énormément plaisir de voir cet engouement.

 

Quand on regarde les sites américains comme The Equalizer ou anglais comme Women’s Soccer United, on reste les premiers sur Facebook. Après, sur Twitter c’est plus compliqué. Nous sommes un peu en retard parce que nous sommes arrivés 3 ou 4 ans après les autres.

 

Vous êtes combien à couvrir les matchs pour Coeurs de Foot? On a l’impression que vous êtes sur tous les terrains!  

On est plus sur le terrain que les autres c’est vrai. On couvre parfois 4 ou 5 matchs par week end! C’est fatiguant, c’est éreintant mais j’essaie d’aller voir un peu toutes les équipes pour me faire mon idée. A la fin de l’année pour parler il faut avoir vu les matchs. On est seulement 2! Le weekend dernier Hichem était à Montpellier et moi à Juvisy. On a eu un correspondant à Rodez.

 

« Quand l’UEFA nous a reconnu en nous citant sur un de leurs articles.
Cela m’a fait extrêmement plaisir »

 

Tu assistes à beaucoup d’évènements, tu voyages beaucoup. Ce sont des sacrifices. En retour quelles ont été les plus belles récompenses (rencontres…) que tu as eu l’opportunité d’avoir grâce à Coeurs de Foot?

La FIFA. Quand je suis allée à la FIFA l’année dernière. Quand l’UEFA nous a reconnu en nous citant sur un de leurs articles. Cela m’a fait extrêmement plaisir. Nous avons été reconnus en février 2016 seulement 1 an après notre existence. C’était phénoménal. J’ai assisté à des conférences sur le leadership féminin dans le football. C’était un moment exceptionnel. J’ai rencontré Abby Wambach avec qui j’ai pu discuter du développement du football féminin et de la France. C’est la rencontre qui m’a marqué. Celle avec Alex Morgan aussi parce que c’est la joueuse la plus populaire. Mais sincèrement j’ai peut être été plus impressionnée par des joueuses qui évoluent en D1 ou dans des clubs en bas de tableau, mais je ne citerais pas de noms (rires).  Certaines joueuses ont gagné des Coupes d’Europe en jeune, ce qu’on ne savait pas forcément avant de faire des recherches poussées en fait.

 

Quel regard portes-tu sur l’évolution du football féminin depuis que tu t’es lancée dans le projet Coeurs de Foot?

Je trouve qu’il y a plus de curiosité des gens. Le football féminin devient de plus en plus attractif. Les gens sont en train d’en prendre conscience. Les jeunes ont prouvé que la France avait beaucoup à donner au football féminin. La France est une équipe très respectée par tout le monde. C’est en train de grandir tout doucement, se développer et se populariser. Il faut faire les choses bien et ne pas se précipiter car ça peut jouer en la défaveur du football féminin de faire mal les choses. . Je pense que c’est pour cela que la FFF prend des pincettes et n’y va pas trop rapidement. C’est étape par étape. On a déjà dépassé les 100.000 licenciées grâce au travail de la FFF et celui des clubs. Il y a eu un clip promotionnel pour continuer à populariser le football féminin. Donc ça avance bien je trouve.

 

Que penses-tu de l’évolution de la médiatisation du football féminin depuis que tu as lancé le projet Coeurs de Foot ?

L’Equipe a diffusé l’Euro U19 l’année dernière. Nous étions très contents. On a communiqué à ce sujet. Mais il faut faire plus. Après je sais très bien qu’ils couvrent énormément de sports donc je peux comprendre. Mais quand on est dans un sport en particulier on est déçu. Après, je pense que la médiatisation va crescendo. Avec la Coupe du Monde 2019 en France, on va en avoir!

 

La France accueillera la Coupe du Monde de football féminin en 2019. As-tu des idées d’actions qui pourraient être mises en place pour développer le football féminin dans les clubs professionnels ou amateurs?

C’est une info exclusive, nous allons lancer une association. C’est une belle initiative dont nous avons discuté avec la FFF pour les épauler dans leur mission de développer le football féminin. La FFF est une entité qui regroupe football féminin et football masculin donc ça ne peut pas toucher tout le monde. Les gens pensent que le football masculin est prioritaire. Sachant que nous sommes un site 100% féminin on peut peut-être avoir un plus grand impact. Comme la FFF nous sommes aussi sur le terrain. On essaie d’avoir les avis de tout le monde. Quand j’étais à Metz un Kop m’a dit “il faut qu’on arrive à bouger les gens pour qu’ils viennent supporter notre équipe”. On va développer une association pour les bénévoles et pour les supporters. Par exemple si un club demande un community manager, le bénévole clique sur “je postule”, il peut partager avec ses amis. Un autre onglet sera pour les supporters. On pourra s’inscrire à un kop, le rejoindre puis faire des déplacements, du covoiturage pour aller voir les matchs. Ce sont des idées que personne n’a eu pour l’instant je pense et qu’on va essayer de mettre en place rapidement pour la Coupe du Monde notamment. Et puis on peut déjà s’appuyer sur une grosse communauté.

 

 

Est ce qu’il y a des actions de communication de clubs que tu as trouvé intéressantes ou qui t’ont inspirée?

Oui, ce que tu as fait au niveau de la communication de l’AS Monaco Football Féminin. Juvisy aussi. Mon top 2016 en termes de communication sur le football féminin : FC Juvisy, AS Monaco Football Féminin, MHSC. C’est ceux qui ont été les plus actifs sur Twitter. On avait rédigé un article sur la communication des clubs de D1 féminine en prenant le FC Juvisy en exemple. Cette année, c’est toujours le cas fort heureusement, c’est super. Et on voit aussi le PSG, ou encore l’OM, Soyaux, Albi et des groupes de soutien comme OL Ang’elles, Kop Fenottes, EAG Les Filles ou ASSE Feminines, Metz, FCG Bordeaux, Foot B’elles, Foot Fem Live, Footballeuses, La Vendée, Pieds Carrés Foot Féminin et j’en passe. Ce sont des pages qui nous partagent et c’est tellement positif pour le football féminin de voir autant de fraternité entre certaines entités comme ça.

 

« Mon top 2016 en termes de communication sur le football féminin : FC Juvisy, AS Monaco Football Féminin, MHSC »

 

Quel conseil donnerais-tu à celles et ceux qui se lancent dans l’entrepreneuriat?

Il faut y croire. Il faut se donner à 100% et il faut savoir bien s’entourer surtout. C’est la clé. Bien s’entourer c’est la base. Il faut se fixer des objectifs. Il y aura toujours des coups durs. J’ai failli arrêter 100 fois Coeurs de Foot. Pourquoi je n’arrête pas? Parce que je sais que personne ne peut faire ce que j’ai fait. J’ai lancé Coeurs de Foot parce que j’attendais que quelqu’un le fasse. Ca demande énormément de sacrifices, de déplacements, de passion, de connaissances sur des milliers de joueuses, sachant qu’il y en a 30 millions dans le monde selon la FIFA. Ca va des jeunes aux légendes.

Au début mon plan de carrière c’était d’être derrière un bureau, en solo, j’aime bien être tranquille quand je bosse, même si j’aime bien le travail en groupe aussi mais quand c’est avec des gens sérieux et qui peuvent m’apprendre des choses, comme Hichem actuellement avec Coeurs de Foot (sourire).

Et surtout je sais que sur Coeurs de Foot, les hommes soutiennent le Football féminin, ils sont 53% de nos lecteurs sur Facebook et je pense que c’est le cas aussi sur le site web.

Est ce que tu as des modèles, des personnes qui t’inspirent dans l’entrepreneuriat ou le sport?

A part Tobin Heath et mon mentor le co-fondateur et sponsor de Coeurs de Foot, non. Je ne m’inspire de personne. Je suis quelqu’un d’autodidacte. J’aime bien l’originalité. Je n’ai jamais fait les choses comme les autres. J’essaie toujours de me différencier.

 

Quels sont tes projets futurs?

L’association. Il y a la radio aussi. Par rapport à Mademoiselle Football on essaye juste de donner confiance aux filles pour leur dire qu’elles peuvent se balader en portant un message, celui de leur passion pour le football et ça peut decrisper les machos aussi. Ca fonctionne plutôt bien je pense avec ce que j’ai pu voir pour l’instant (sourire).

 

Quelle est la prochaine personne que je devrais interviewer après toi?

Il y en a plein! Corinne Diacre. Sonia Bompastor ou Sandrine Bretigny. Il y a une joueuse que j’aimerais interviewer c’est Laure LePailleur. C’est une ancienne internationale, elle jouait à Juvisy. Maintenant elle est coach adjointe. C’est une joueuse extra, qui mettait l’ambiance en équipe de France. Sonia Souid aussi, l’agent de footballeuses. Ou l’internationale Silvia Neid bien sûr, tout comme Pia Sundhage, Jill Ellis, Laura Harvey, Kelly Smith, Stephanie Houghton, Emma Hayes… Il y en a trop en fait. Parce qu’on veut savoir le ressenti sur le football féminin pour montrer leur motivation et la force de leur parole. Ce sont des exemples pour moi et bien d’autres.

 

Merci à Dounia d’avoir accepté de répondre à nos questions. On souhaite la meilleure des réussites à Dounia et que Coeurs de Foot continue de promouvoir le football féminin et fasse connaître ce sport qui le mérite.

 

 

Vanessa

Vanessa

Fondatrice du site www.championsdudigital.fr

Marketeuse, Blogueuse, Footballeuse et fondatrice de championsdudigital.fr. Je vous donne mes meilleurs conseils pour réussir votre communication sportive que vous soyez étudiant, professionnel, dirigeant de startup, sportif ou responsable d’un club.