Florent Houzot, directeur de la rédaction des chaînes de beIN SPORTS a accepté de répondre à nos questions lors des conférences Think Football 2019 organisées au début du mois de Février. Il nous explique pourquoi la performance sportive joue un rôle fondamental dans le développement du football féminin.

Pouvez-vous nous parler de votre dispositif pour couvrir la coupe du monde féminine de football?

On ne sera pas diffuseur de la Coupe du Monde et des matchs. Mais évidemment beIN SPORTS sera présent autour de cet évènement majeur du mois de juin, en plus des évènements que beIN retransmettra comme la Copa America ou la Coupe d’Afrique des Nations. beIN sera présent à travers sa quotidienne émission sportive tous les matins avec Vanesse Le Moigne, l’Expresso. Elle aura lieu du lundi au dimanche en direct de 7h à 10h. Elle aura une page complète, variée et surtout la touche Vanessa Le Moigne qui va au-delà de l’aspect du résultat sportif, qui va dans le divertissement et va essayer de toucher un autre public qui n’est pas forcément qu’intéressé par le résultat pur et dur.

Nous étions présents sous forme de clin d’oeil le 20 mars sur le match de gala du Variétés Club de France qui a eu lieu à Reims avec une équipe mixte avec une équipe de commentateurs mixte (Margot DUMONT et Julien BRUN). Le coup d’envoi de ce match a été donné par Madame Brigitte Macron. Ce match a eu deux buts: faire la promotion de la Coupe du Monde féminine qui aura lieu en France et mettre en avant la parité homme-femme dans le sport.

Pouvez-vous nous parler de votre idée de mixer sport masculin et féminin sur les grands événements sportifs?

Le critère numéro un de l’exposition du sport féminin c’est avant tout la qualité des performances. Aujourd’hui les performances sportives entre les garçons et les filles dans différentes disciplines que ce soit le foot, le tennis, le rugby, le handball se resserrent considérablement et c’est avant tout l’élément principal pour favoriser l’exposition du sport féminin à la TV.

Il y a aussi des petits accessoires, la mixité des événements, d’organiser dans une même enceinte deux matchs: un match féminin et un masculin est pour moi un élément important. Le tennis le montre bien aussi quand on assiste à une journée de tennis à Roland-Garros ou à Wimbledon, on assiste dans la même enceinte avec le même billet à la même place à un match féminin et à la suite à un match masculin. C’est ça qui contribue à la médiatisation. Les performances sportives sont un critère important. L’expérience qu’on a mis en place à beIN la saison dernière sur le handball était de proposer dans la même enceinte, à la Halle Carpentier, un mercredi soir aux alentours de 18h 18h30 un match de championnat de France féminin suivi d’un match de championnat de France masculin et cette expérience a été très concluante et reçue de façon positive par l’ensemble des acteurs que ce soit les équipes de filles ou de garçons, mais aussi avec l’appui de la Ligue Féminine de Handball et l’appui de la Ligue Nationale de Handball. Cette expérience va être renouvelée cette saison, on essaie de trouver une date et un lieu .

Vanessa Le Moigne évoquait le fait d’organiser dans un même stade un match de championnat de France D1 féminine et dans la foulée un match de championnat de France masculin. Ce sont de bonnes idées. Rien n’est impossible. Tout est possible. Il faut avoir la volonté de se mettre autour d’une table et de discuter, d’avoir cette volonté, cette approche. Ce qu’on a fait sur le hand paraissait peut être impossible, mais ça l’a été et on va même le renouveler. Ce sont des expériences à mon avis intéressantes à développer en parallèle de l’exposition du sport féminin.

 

On voit qu’il y a beaucoup de footballeuses présentes sur les réseaux sociaux. Elles deviennent des ambassadrices pour le football féminin. Par ailleurs, les stades se remplissent de plus en plus. Lors de la Coupe du Roi en Espagne, la rencontre entre les féminines de l’Athletic Bilbao et de l’Atlético de Madrid a rassemblé 48 121 personnes au stade. Selon vous est ce que cela est amené à évoluer?

On l’a vu quand on a retransmis au mois de décembre le championnat d’Europe de handball, les stades étaient pleins. Ce qui est important et primordial, c’est que lorsque vous allez au cinéma ou au théâtre, vous êtes attiré par le casting des acteurs et vous savez que vous allez apprécier un bon moment parce que ce sont des acteurs d’expérience  qui ont déjà eu des grands succès. En sport c’est pareil.

Si vous vous voulez attirer dans les salles ou dans les stades un public pour suivre une compétition qu’elle soit féminine ou masculine, parce que là on parle du sport féminin, mais toutes les compétitions masculines ne sont pas télévisées. Le problème c’est que l’on télévise des compétitions qui vont attirer un public dans les salles ou les stades parce que les performances sportives sont au rdv. Donc c’est avant tout les performances sportives qui vont attirer.

On  le voit aujourd’hui, de plus en plus de performances sportives améliorent la fréquentation des stades  ou des salles pour le foot, le hand, le rugby. On l’a vu pour l’entrée en lice de l’équipe de France féminine dans le tournoi à Montpellier avec une large victoire face au Pays de Galles qui a permis de remplir les stades. Je pense qu’avant tout ce n’est pas de se dire on doit diffuser du sport féminin ou on doit diffuser telle discipline masculine. Ce n’est pas du tout la démarche et si on a cette approche on a tout faux et l’ensemble des acteurs du monde sportif aura tout faux.

L’approche est plutôt de construire une discipline, construire une compétition. On parle plutôt de sport féminin ici. Il faut accompagner, il faut qu’il y ait de la performance sportive. Quand on voit aujourd’hui des entraîneurs qui étaient pas plus tard que la saison dernière ou encore il y a 2 ans, des entraîneurs d’équipes de Ligue 1  en football qui aujourd’hui entraînent une équipe de D1 féminine, je parle d’Olivier Echouafni. Mais il y a beaucoup d’autres exemples. Reynald Pedros et Olivier Echouafni sont des gens qui s’intéressent au sport féminin, en tout cas ils s’intéressent à la performance sportive, et quand elle est au rdv c’est gage de réussite et de développement.

Concernant l’évolution du sport féminin à la TV, on est passé de 7% à 15% depuis 2012. Cela ne va cesser d’augmenter parce que les rdv sont là et puis aussi il faut regarder que les performances masculines parfois attirent aussi les performances féminines. Je pense par exemple aux garçons qui sont champions du monde , cela attire la médiatisation pas seulement à la TV, dans les journaux, dans la presse quotidienne régionale il y a énormément de place donnée au sport féminin et c’est aussi ça qui contribue à la réussite du sport féminin à travers l’arrivée de façon massive de nouveaux sponsors, d’annonceurs qui s’intéressent aussi au sport féminin.

C’est un cercle vertueux. Meilleur est le niveau plus cela va intéresser de spectateurs qui vont regarder les matchs. Donc les sponsors seront intéressés et cela va apporter des ressources financières aux clubs pour développer le football féminin.

Tous les acteurs sont concernés mais il faut les faire travailler ensemble et en même temps. Il ne faut pas juste se dire qu’on part d’un constat qui est qu’il n’y a pas beaucoup de sport féminin diffusé à la TV (c’était il y a encore quelques années), donc ce n’est pas normal, on va imposer aux TV d’en diffuser beaucoup plus. Non, cela ne se passe pas comme ça et heureusement. Et ce n’est pas la bonne solution. La solution c’est d’accompagner le sport féminin au niveau des infrastructures, des méthodes de travail et surtout en ayant l’objectif numéro 1 qui est d’arriver à la performance sportive et donc d’attirer dans les stades, d’attirer devant les TV et  donc les annonceurs seront là. C’est un cercle vertueux qui permet d’augmenter l’exposition.

 

Merci à Florent Houzot d’avoir pris le temps de répondre à mes questions!