Avec 151 sélections et 499 buts, Nodjialem MYARO, présidente de la Ligue féminine de handball et ancienne joueuse internationale française de handball et championne du Monde en 2003 s’est prêtée au jeu des questions-réponses. Cette interview a été réalisée début mars lors des conférences de TF1 « Tous avec nos championnes ». Entretien.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours jusqu’à la tête de la Ligue féminine de Handball ?

Je suis une ancienne joueuse internationale. J’ai joué en équipe de France de handball de 1997 à 2004 et après j’ai continué ma carrière en tant que joueuse professionnelle en club. Une fois que j’ai arrêté ma carrière en club, le président de la fédération Joël Delplanque m’a proposé d’être présidente de la ligue féminine de handball

Vous parliez du sentiment d’imposture d’être une femme à la tête d’une grande instance. Comment l’avez-vous vécu ?  

Au départ c’était l’étonnement pour moi… Pourquoi m’appelle-t-il ? Pourquoi moi ? Une fois que l’étonnement est passé et que les arguments étaient les bons, au départ on n’a pas forcément l’impression d’avoir sa place et finalement si, complètement, bien au contraire. Il faut faire sauter ces barrières, ces appréhensions que l’on peut avoir sur des compétences ou des qualités qu’on n’aurait pas ou qu’on sous-estimerait.

Comment avez-vous perçu l’évolution de l’intérêt pour votre sport de la part des médias depuis vos débuts jusqu’à maintenant ?

Ca a été grandissant. On a commencé de rien, avec un petit groupe de journalistes qui nous suivaient jusqu’à cette finale 99 pour après être régulièrement télévisés et avoir même le championnat féminin télévisé. Forcément on en veut toujours plus parce qu’il n’y a jamais assez et on peut faire plus au niveau médiatisation du sport féminin, du handball féminin. Mais il y a tout de même une net évolution. 

Vous disiez que l’année 1999 a été un tournant, et que vous étiez autant surprise que les autres de ce qu’il s’est passé ensuite.

C’était un renouveau. Il y eu un changement d’entraineur. L’équipe se connaissait depuis un certain temps mais on ne pensait pas qu’on allait arriver jusqu’à la finale. On a pris les matchs les uns après les autres et ce qui nous a le plus surpris c’est de se dire que ça a été vu par 11 millions de téléspectateurs français ! On voulait aller le plus loin possible. On sentait qu’on avait des capacités pour faire quelque chose. De là à aller jusqu’aux prolongations en Norvège face aux norvégiennes et de susciter l’intérêt de tant de Français c’était juste incroyable!

Comment avez-vous perçu l’évolution du traitement médiatique vis-à-vis de votre sport ? 

On a des experts du handball qui commentent les matchs sur les chaines. On va commenter vraiment la qualité et la performance de la joueuse. Il y a une professionnalisation, les médias qui nous accompagnent sont très professionnels. Le manquement ce n’est pas sur la qualité des médias mais sur la quantité et la répétition pour que l’histoire continue et qu’il n y ait pas à chaque fois des ruptures ou que dès qu’il y a un titre, les jours après on en parle beaucoup et puis après cela s’effondre trop rapidement. 

Les réseaux sociaux aident les sportifs peu médiatisés à être leurs propres médias. Que pensez-vous du rôle qu’a joué l’arrivée des réseaux sociaux dans votre sport ?

C’est un rôle positif mais attention, si on ne contrôle pas bien les réseaux sociaux, cela peut avoir des effets pervers. Si la joueuse s’entoure bien et connaît bien les réseaux sociaux, je pense qu’elle peut attirer des partenaires. Lorsqu’elle est suivie et qu’elle a un certain nombre d’abonnés, les partenaires suivent derrière. Cela  fait partie de la carrière de la sportive. La communication est une compétence qu’il faut accompagner chez la sportive

La Coupe du Monde féminine de football va avoir lieu en France cette année. Comment  voyez-vous l’évolution du football féminin ? Est-ce que cela peut également avoir un impact sur votre sport ?

Nous ne sommes pas en concurrence. Forcément des partenaires qui vont aller au football féminin plutôt qu’au handball féminin, ce sera un éventuel partenaire perdu mais je pense que vu le nombre de marques qu’il y a en France, il y a de la place pour tout le monde. Au contraire, je suis ravie si le foot arrive à attirer des partenaires, tant mieux, cela donnera peut-être des idées à d’autres partenaires pour aller vers du handball, du volley, du basket. Pour moi le problème n’est pas là, il est plutôt sur l’engagement, l’investissement, le courage que peut avoir un investisseur pour se dire je mise sur le sport féminin, je choisis le foot parce que ça m’intéresse pour certaines raisons, le handball pour d’autres raisons. 

Mon blog s’appelle Champions du digital, qu’est ce qu’un champion, une championne, pour vous ?

C’est une personne qui va jusqu’au bout de ce qu’elle peut faire et sait faire,. C’est une personne qui ne baisse pas les bras. Une personne qui se fait plaisir, qui est passionnée et qui est performante tout simplement. On peut être championne dans pleins de choses. 

Merci beaucoup à Nodjialem MYARO d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !