Nous avons posé quelques questions à Paoline Ekambi, ancienne championne de basket désormais reconvertie en entrepreneure dans le milieu du digital et du sport. Elle vient de lancer un réseau social dédié aux sportifs de haut niveau. Elle nous parle de son parcours dans l’entrepreneuriat sportif. 

 

-En tant qu’ancienne joueuse professionnelle de basket comment vous êtes-vous préparée à la reconversion pro ?

Un vrai parcours du combattant pour préparer la reconversion, mener de front le sport et les études supérieures tout particulièrement lorsque, à tout juste dix-sept ans et demi, on devient joueuse professionnelle ; donc salariée d’un club Pro pendant la saison régulière puis sélectionnée dans les équipes de France jeunes et seniors en période estivale avec en tout et pour tout quinze jours de repos entre les deux, comme ce fût mon cas.

De plus, il faut savoir qu’on nous demande de nous consacrer à 100% à la performance, et parfois même de choisir entre les études et le sport. Ce fût difficile mais pas impossible d’anticiper ma reconversion, de prévoir la blessure grave qui aurait pu mettre un terme prématurément à ma carrière sportive.

J’ai eu la chance d’être repérée par des collèges américains pour évoluer en NCAA (National Collegiate Athletic Association). Là-bas, tout est mis en œuvre pour permettre aux sportifs de concilier sport et études supérieures mais surtout d’obtenir un diplôme dans de bonnes conditions.

Je n’ai pas vraiment été accompagnée lors ma reconversion. Je n’ai pas non plus été préparée à l’acculturation du monde de l’entreprise, ni à l’intégration dans la société civile, parce que j’avais évolué dans un système d’assistanat depuis l’âge de 14 ans.

On ne m’a pas non plus accompagnée à faire face aux problèmes psycho-sociaux qui découlent de la pratique du sport de compétition, comme la perte d’identité, les changements physiologiques, la notion de vide qu’on appelle plus communément la « petite mort ».

J’ai dû trouver les solutions toute seule, en m’informant comme je le pouvais. J’ai été déçue par le système du sport français pendant très longtemps. Un système qui nous laisse carrément tomber en fin de carrière, en dépit des nombreux sacrifices que nous avons dû faire, et des médailles apportées à notre pays.

 

– J’ai l’impression que lorsqu’on parle de reconversion au sujet des sportifs de haut niveau on pense souvent à une certaine limite d’âge 32 ans par exemple. Mais on oublie qu’une carrière sportive peut être malheureusement stoppée par une blessure. Pensez-vous que les sportifs de haut niveau sont suffisamment préparés et accompagnés face à ce risque ?

 

J’aime à parler de transition de carrière professionnelle et d’intégration dans le monde de l’entreprise, qui se fait en général après sa carrière sportive, donc en moyenne vers la trentaine.

Il y a des dispositifs existants, mis récemment en place par les institutionnels du sport, mais ils ne concernent qu’une infime partie des sportifs qui se trouvent sur les listes de haut niveau. C’est une volonté politique qui constitue déjà une belle avancée en soi, même si il y a encore du boulot.

Malgré tout, ils sont bien plus nombreux hors liste, à pratiquer le sport à très haut niveau, qui ne sont malheureusement pas suffisamment préparés et accompagnés face à ce risque, en effet.

 

Qu’est-ce que vous avez appris en tant que sportive pro qui vous sert aujourd’hui en tant qu’entrepreneuse ?

 

Le goût du challenge, la préparation, la prise de risque, la gestion de l’échec, la remise en question, la force mentale, le leadership, la gestion des conflits et du stress, la solidarité, le partage, la transmission, le respect, la bienveillance.

 

– Avez-vous un modèle entrepreneur ou non qui vous a inspiré ?

Xavier Niel, Oprah Winfrey

 

Quel conseil donneriez-vous à un sportif qui se lance dans l’entrepreneuriat ?

Déjà le sportif est un entrepreneur qui s’ignore ! Donc avant tout faire un bilan de carrière professionnelle, ensuite se former, bien s’entourer de compétences complémentaires aux siennes.

 

Nous remercions Paoline Ekambi d’avoir accepté de répondre à nos questions et lui souhaitons beaucoup de victoires dans son projet entrepreneurial.