Le 7 mai dernier j’ai assisté à la conférence de presse de TF1 présentant le dispositif Coupe du Monde féminine de la chaîne. Ancienne du PSG et de l’équipe de France, Sabrina Delannoy commentera avec Christian Jeanpierre le mondial sur TF1. Au cours de cette matinée j’ai donc pu échanger avec eux ainsi qu’avec Anne Sophie de Kristoffy sur les enjeux de ce grand évènement du football mondial mais aussi sur l’arrivée de Sabrina Delannoy à TF1 pour couvrir cette Coupe du Monde. Entretien.

Selon vous quelles joueuses vont « exploser » durant cette Coupe du Monde?

Sabrina Delannoy : Je mettrais une petite pièce sur Delphine Cascarino. Elle est en train de faire une grosse saison avec l’Olympique Lyonnais. Quand elle arrive en équipe de France elle s’impose comme si elle avait 25, 26 ans alors qu’elle est très jeune. Pour moi, elle a toutes les qualités pour devenir une grande joueuse et elle peut justement éclore lors de cette Coupe du Monde.

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Christian Jean-Pierre: Avant les coupes du monde, on voit les joueurs ou les joueuses qui montent en puissance et Delphine en fait partie. Il y a également Eugénie Le Sommer qui est super forte devant. Mais il est vrai que la trajectoire de Delphine Cascarino est impressionnante. Elle est en totale confiance et quand tu joues devant ça n’a pas de prix. Il y aura une grosse pression médiatique et le danger c’est d’avoir trop de pression. Il faut être capable de gérer cela.

Cela ne vous inquiète pas qu’il y ait autant de joueuses qui aient aussi peu de sélections?

Sabrina Delannoy : Non car je pense que Corinne Diacre a su constituer un groupe et créer une homogénéité malgré tout. Je pense que c’est le bon équilibre avec des joueuses nombreuses très expérimentées comme Amandine Henry, Lise Bussaglia et Sarah Bouhaddi et elle est venue ajouter des petites touches de jeunes comme Delphine Cascarrino, ou même Marion Torent qui est un peu nouvelle dans cette équipe de France. C’est le bon équilibre qu’elle a su trouver pour apporter ce côté un peu insouciant , ne pas porter non plus les déceptions que l’équipe de France a subi lors des dernières compétitions. C’est aussi pour ça qu’elle avait envie d’apporter cette jeunesse et cette fraîcheur et je pense que c’est plutôt quelque chose de positif.

Sabrina, que représente pour toi cette Coupe du Monde qui se passe en France et le fait de pouvoir la commenter sur TF1?

Sabrina Delannoy : C’est beaucoup d’émotion parce que lorsque j’étais encore joueuse j’avais cette Coupe du Monde malgré tout en ligne de mire. J’ai fait le choix d’arrêter ma carrière internationale et de joueuse avant cette Coupe du Monde. Je me disais toujours dans un coin de ma tête que ce serait exceptionnel.

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J’avais envie d’une manière ou d’une autre de contribuer, de participer, d’être présente. Je n’avais aucune idée de comment ça allait se faire. Quand le groupe TF1 m’a contactée, j’ai été agréablement surprise, je me suis dit que c’était une super opportunité et je voulais la saisir.

J’ai rencontré les dirigeants, j’ai ensuite rencontré Christian, je lui ai raconté l’anecdote de la première fois qu’on s’est vu. On a fait connaissance et ensuite on est allé faire un petit test en cabine sur un match en décalé. J’ai mis 5, 6, 7 minutes à me mettre dans le match parce que j’avais la voix de Christian Jean-Pierre dans mon casque et pour moi c’était très perturbant. C’est une voix qui a bercé mon enfance avec la génération France 98 et tous les Téléfoot. Cela faisait parti des entretiens que j’ai pu passer et quand on a terminé la première mi-temps à peu près (c’était un peu un test pour moi), je lui ai dit « je suis désolée », au début je n’ai pas beaucoup parlé… Après je me suis libérée de ça, je me suis un peu habituée.

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Tout ça n’est que du positif pour moi, j’ai envie de vivre cette aventure. Il y a aussi le côté humain qui est très important. On a une dynamique, on partage les mêmes envies, les mêmes valeurs, les mêmes émotions. Ce que je ressens dans cette équipe qui constitue le dispositif de la Coupe du Monde c’est que l’on va vivre une belle aventure humaine et c’est aussi ça qui me plaît dans ce challenge.

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Combien de matchs allez-vous commenter?

Christian Jean-Pierre: Ce n’est pas établi sur le deuxième tour, cela va dépendre de ce que fait l’équipe de France. Une dizaine. On a un Angleterre-Ecosse en début de compétition qui va être marrant. On démarre sur un Afrique du Sud-Espagne au Havre. Le stade du Havre est plein, il y a une vraie culture, le président du club, Denis Dalpé est Américain.

Sabrina, tu fais partie des premières joueuses à avoir vraiment été médiatisées, avec l’équipe de France, avec le PSG… A partir de quel moment as-tu vu un tournant dans cette médiatisation, est-ce 2011 ou plus tard?

Christian Jean-Pierre : Très bonne question, vraiment!

Sabrina Delannoy : 2011. Je n’étais pas encore en équipe de France à cette époque. J’ai joué en équipe de France de 2013 à 2016 uniquement. J’étais quand même en club et je vivais les choses malgré tout au plus près.

Il s’est vraiment passé quelque chose sur cette Coupe du Monde en Allemagne. Les gens se sont intéressés et ont vécu des émotions fortes même si la France a échoué au pied du podium. Il s’est passé un truc car il y a une certaine médiatisation à ce moment-là. Cela a mis un focus. Elles avaient un côté sympa et les gens se sont attachés à l’équipe de France et c’est cela qu’il faut retrouver. Ceux qui se sont attachés ont peut être été refroidis par les dernières performances que ce soit aux JO, à la dernière Coupe du Monde, à l’Euro. Il faut réussir à séduire à nouveau ce public et faire en sorte que les gens s’attachent à cette équipe de France et qu’ils aient envie de les suivre jusqu’au bout.

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La FIFA attend 1 milliard de téléspectateurs, c’est énorme. Que pensez-vous de ce chiffre?

Christian Jean-Pierre: Tu veux nous faire peur! (rires). Je trouve ça top! Je ne suis pas étonné. Tu parlais de la jonction du moment où le football féminin a explosé en 2011. Moi ce qui m’a frappé c’est que si globalement on fait une analyse au niveau de la France, jusqu’en 98, être supporter ou être devant un poste de TV c’était ringard quand tu étais devant un évènement sportif, c’était des mecs avec des bières et des pizzas…98 a fait exploser tout ça.

Christian Jean-Pierre: "Jusqu'en 98, être supporter ou être devant un poste de TV c'était ringard" Cliquez pour tweeter

C’est à dire que le curseur a changé, des familles entières se sont intéressées au sport de haut niveau. En 1998, la Coupe du Monde en France a permis à l’ensemble des Français de dire « on peut se retrouver en famille », un fils, un petit-fils avec son grand-père, son père, devant un écran de Tv, peuvent passer un super moment.  Ce n’était plus ringard d’un seul coup. Que tu sois sur le foot, le rugby, le hand etc…tu as des hymnes, tu as un attachement à ta patrie, et cela se retrouve partout dans le monde.

La dernière Coupe du Monde que l’on a vécu en Russie était juste fantastique. On a vécu quelque chose avec le déplacement de l’Amérique du Sud, des mecs qui se sont saignés pour venir voir cette Coupe du Monde en Russie. C’est quelque chose qui dépasse complètement le cadre du sport aujourd’hui. C’est ce qui me plaît sur les Coupes du Monde et c’est pour cela qu’à TF1 on a une chance folle, c’est de participer à tous ces évènements. Ces évènements n’ont pas de prix quand tu es journaliste, commentateur ou consultante. Je sais que Sabrina va vivre quelque chose de dingue. L’émotion qu’elle va avoir sur un match décisif sur un 1/8 ou 1/4 de finale es très particulière. Cela touche le plus grand nombre aujourd’hui alors qu’avant 98 c’était vraiment super ciblé. Ce que je dis à l’échelle de la France est vrai à l’échelle mondiale. Ce phénomène s’est produit partout, notamment aux Etats-Unis.

Vous avez un journal prévu pour le coup d’envoi, est ce que sera également le cas pour la Finale?

Anne-Sophie de Kristoffy: On est prêts à tout, sachant qu’avec une finale à 17h, on verra entre le journal de 13h et une finale possible à 17h , si jamais les Françaises étaient présentes, Ara Aprikian regardera et fera peut-être une programmation toute dédiée à cette finale. Où se passera le journal de 20h? A Paris? A Lyon? Nous sommes vraiment en appui, en soutien, et c’est la force de TF1 qui acquiert les droits. C’est une petite musique qui s’esseme sur toutes les unités de programme, que ce soit le sport mais aussi les entités de divertissement, l’info bien sûre. C’est une petite musique qui monte, qui monte, qui monte et après, nous, on s’adapte. En tout cas on est prêt et on l’a déjà fait.

Concernant le développement du football féminin, plusieurs critères commencent à être au vert : la médiatisation avec TF1 qui diffuse les matchs, la plupart des clubs de Ligue 1 qui ont une section féminine , les marques qui commencent à s’y intéresser. Selon vous à quoi ressemblera l’après Coupe du Monde? Qu’est ce qui va faire que cela va continuer à se développer et que ça ne va pas retomber?

Sabrina Delannoy: Cela peut avoir un impact, comme le disait Brigitte Henriques, sur le nombre de licenciées. Cela peut inciter les familles à se dire « ma fille peut jouer au foot, ce n’est plus un sport de garçons« .C’est un peu cliché mais on en est encore un peu là. Les clubs de Ligue 1 ont presque tous des section féminines, s’il se passe quelque chose sur cette Coupe du Monde, il faudrait que vraiment les clubs de Ligue 1 prennent sous leurs ailes une section féminine, leur donne les moyens et professionnalisent complètement l’ensemble des joueuses.

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Aujourd’hui on a un championnat à 2 vitesses: notre championnat de France n’est pas très homogène et forcément pas très attractif. Si ces clubs de Ligue 1 donnent vraiment les moyens aux sections féminines de se professionnaliser et d’être dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui peuvent l’être Lyon, Montpellier, le PSG, le championnat deviendra plus homogène et cela attirera plus de médias, plus de sponsors et plus de partenaires. On pourra aussi avoir peut-être plus de médias encore et plus de diffusions de ces matchs.

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