« Les Joueuses » : un documentaire qui met le football féminin de haut niveau dans la lumière

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Découvrez les coulisses de ce documentaire très réussi réalisé par Stéphanie Gillard et produit par Julie Gayet. Un documentaire qui explore le football féminin de haut niveau sous un angle différent : celui de la transmission. On comprend ainsi un peu mieux comment l’équipe féminine de l’Olympique Lyonnais est devenue l’une si ce n’est la meilleure équipe au monde.

Un documentaire dans les coulisses du football féminin de haut niveau en France

« Les Joueuses » est l’un des premiers documentaires à mettre en avant le football féminin en France. J’ai eu la chance de pouvoir le voir avant sa sortie et ce qui m’a frappé c’est qu’il m’a un peu rappelé « Les yeux dans les Bleus ».

Ce documentaire réussit à mettre en lumière tout ce qui est dans l’ombre quand on parle de la section féminine de l’OL . Ce que la plupart des gens voient ce sont les titres de l’équipe, les victoires et le fait que la plupart des joueuses soient en équipe de France. Mais ce qu’on ne voit pas c’est le chemin parcouru et la réalité du football féminin de haut niveau. 

 

La transmission : 

Le passage où Sarah Bouhaddi intervient dans une école ou encore ce moment où Wendie Renard conseille Selma Bacha témoignent de l’importance de la transmission dans ce groupe.

Il apparaît que la transmission est très important lorsqu’une nouvelle joueuse intègre le groupe.  Et c’est quelque chose qu’a voulu retranscrire la réalisatrice Stéphanie Gillard à travers ce documentaire :

« Je fais toujours des films sur des groupes et sur la transmission. En général, j’aborde un sujet par différents aspects du groupe, plutôt que de passer par un héros ou une héroïne. (…) Au fur et à mesure du tournage, s’est dessinée cette idée de lien intergénérationnel. C’est quelque chose de très présent à tous les niveaux de l’équipe. Wendie Renard en parle, Eugénie Le Sommer aussi. (…) Quand Eugénie Le Sommer parle d’ADN d’équipe, de la gagne à l’OL , c’est ancré dans la transmission, dans leur histoire« 

L’entraineur-adjoint m’a confié que de toute sa carrière de joueur et d’entraîneur, il n’avait jamais vu un tel esprit d’équipe, avec le plaisir de jouer, de travailler, d’être ensemble.

Stéphanie Gillard

Stéphanie Gillard met aussi en avant l’importance du groupe dans la construction d’une équipe de championnes comme celle des Lyonnaises :

« J’ai aussi cherché à capter des échanges, des regards, de ce qui est au cœur de la construction d’une équipe. Leur solidarité est frappante. L’entraineur-adjoint m’a confié que de toute sa carrière de joueur et d’entraîneur, il n’avait jamais vu un tel esprit d’équipe, avec le plaisir de jouer, de travailler, d’être ensemble.« 

 

La passion et le travail avant tout


Cela transparait vraiment à travers tout le documentaire ! Tout ce travail, ces entraînements répétés, les blessures parfois, les séances en plus des cours. Tout ce qu’on ne voit pas.

Tout ce travail et ces sacrifices souvent peu mis en avant quand on parle de football féminin. Parce que c’est du football avant tout.

La réalisatrice du film explique ainsi pourquoi le hashtag #paslàpourdanser à été lié au titre du documentaire :

« Au moment d’écrire le film, j’ai regardé beaucoup d’archives sur le foot féminin. J’ai été marquée par la comparaison quasi- systématique des joueuses à des danseuses dans tous ces vieux reportages des années 60 à 90… Au même moment, Ada recevait son ballon d’or et faisait une tribune intitulée « Not here to dance », qui est devenu un hashtag très populaire sur Twitter, #paslàpourdanser dans sa version française. L’idée est restée : elles veulent être regardées pour leur travail !« 

Le mental de championnes : toujours gagner et détester la défaite

Si les féminines de l’Olympique Lyonnais continuent de remporter des titres et d’être au sommet, ce n’est pas seulement par ce que c’est la meilleure équipe sur le plan sportif, c’est aussi parce que c’est une équipe qui déteste perdre. La mentalité de gagnante se transmet à chaque nouvelle joueuse qui intègre le groupe et c’est sans doute ça qui fait la différence.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est plus l’OL et les autres. Le niveau en D1 Arkema évolue. Ce n’est donc plus aussi simple de rester au sommet. Des clubs investissent et on voit arriver de nouvelles équipes avec de véritables ambitions à l’image de l’équipe féminine des Girondins de Bordeaux. Si l’équipe féminine de l’OL se contentait de rester sur ses acquis, sans avoir cette volonté de gagner, sa place de numéro 1 ne serait plus si certaine.

Sacrifices et inégalités, l’envers du décor

Eugénie Le Sommer évoque à un moment du documentaire l’absence de modèles féminins quand elle a commencé à jouer au football.
Mais aussi ce moment particulièrement fort où elle évoque ses doutes, mêmes minimes, à jouer au football à cause des paroles lui disant que le football était un sport de garçons. Tout cela lié aux préjugés des gens. On est né en France : le football est considéré comme un sport de garçon. Et pourtant pour un américain ou une américaine le football est un sport considéré comme féminin. Une question de culture et de préjugés qui ont sans doute brisé beaucoup de rêves. 

Wendie Renard raconte aussi un match joué en Angleterre où l’équipe n’avait à l’époque même pas 2 jeux de maillots et les joueuses avaient du essorer leurs maillots avant de re-rentrer sur le terrain après la mi-temps.

On part de loin. Mais il reste du chemin.

Ada Hegerberg qui a sacrifié sa place en sélection nationale pour attirer l’attention sur le manque de respect et les conditions inégales des féminines se livre aussi dans un moment fort lors du documentaire.

Il y a un aussi un moment particulièrement touchant quand Amel Majri parle de sa soeur jumelle qui, elle, n’a pas pu pratiqué le football et la suivre. 

Ce que ce documentaire met particulièrement bien en avant c’est aussi la différence des conditions de travail pour les joueuses dans les autres clubs : des vestiaires amateurs, des terrains parfois dangereux.

Et cela met aussi en avant l’investissement réalisé par l’Olympique Lyonnais pour offrir les meilleures conditions de travail possible aux Lyonnaises.

Elles veulent être regardées pour leur travail

Stéphanie Gillard

Communication et visibilité : un long chemin à parcourir

La scène avec ce vendeur d’un magasin de sport lyonnais qui ne reconnait pas les 3 joueuses Lyonnaises et de l’Equipe de France témoigne assez bien du problème de visibilité du football féminin en France.

Ceux qui me suivent le savent, je parle beaucoup de marketing du football féminin sur mes comptes Linkedin et Twitter et dans mes articles : je suis convaincue que le problème de développement du football féminin de haut niveau en France est lié à un manque de stratégie de communication et de marketing.

L’après Coupe du monde féminine 2019 en France s’est avéré favorable sur le nombre de licenciées sur le football amateur mais au niveau professionnel, les stades sont toujours aussi vides. Pourquoi ? A cause d’un manque d’identification, lié à un manque de communication et de stratégie. Pourquoi suivre une équipe de football dont on ne sait pas grand chose ? Pour créer un intérêt, il faut créer une identification.

D’ailleurs ça me rappelle un souvenir quand je suis allée à Lyon pour la Coupe du Monde féminine… quand je suis entrée dans un magasin pour acheter une valise (la mienne n’ayant pas résisté à la moitié de mes déplacements de juillet 2019 entre les villes hôtes!) le vendeur m’a demandé de quelle Coupe du Monde je parlais… Je pensais que c’était pour rire. Mais non.. 

Donc oui il y a encore beaucoup de travail à faire pour promouvoir le football féminin, cela passe aussi beaucoup par les clubs. Mais aussi à l’image du manque de communication dédiée à l’Equipe de France féminine pendant la Coupe du Monde 2019. La France étant une des seules nations à ne pas avoir  créé des comptes dédiés à ses footballeuses, assez incroyable pour une nation recevant une Coupe du Monde FIFA en 2019… Sur les 15 nations ayant disputé la Coupe du Monde féminine seuls 4 pays n’avaient pas investi dans des comptes dédiés à leurs féminines. Et malheureusement le pays hôte fait figure de mauvais exemple sur ce point. J’avais réalisé un article décryptage à ce sujet il y a quelques mois, en prenant en exemple la sélection des Etats-Unis, particulièrement au point sur la communication.

En terme de marketing, l’OL est un bon exemple à suivre. Les opérations faisant le lien entre l’équipe féminine et l’équipe masculine se multiplient. A l’image de cette journée internationale du droit des femmes où l’Olympique Lyonnais avait pris le contre pied des opérations des autres clubs en proposant aux hommes d’avoir une place offerte pour le match des féminines plutôt que de proposer aux supportrices d’avoir une place offerte pour le match de l’équipe masculine.

Je vous invite d’ailleurs à relire cette interview de Stéphanie Perret qui travaille sur le sponsoring de l’OL et de l’équipe féminine.

A juste titre Jean Michel Aulas a investi dans le football féminin et en récolte la réussite qu’il mérite. Comme l’expliquait Wendie Renard à ses débuts l’équipe ne dépassait pas les 30 supporters. C’est une réalité.

Ce documentaire est plutôt bien réussi. De plus une véritable communication a été mise en place autour du projet et un compte Instagram a été créé pour faire du teasing mais aussi mettre en avant.. les joueuses ! Bravo à Stéphanie Gillard et Julie Gayet! Un exemple à suivre.

Vanessa

Freelance spécialisée en digital et sport et passionnée de football, je vous raconte à travers ce blog les belles histoires et best practices de celles et ceux qui font le sport : professionnels, entrepreneur(e)s, clubs, marques, sportives et sportifs. Je partage aussi avec vous les meilleures pratiques des professionnels du marketing sportif et les initiatives du sport amateur. Convaincue que le sport a le pouvoir de changer le monde, j'espère que ces articles vous donneront une petite dose d'inspiration pour faire partie des Makers : ceux qui créent aujourd'hui le sport de demain.